01 août 2006
Biographie de la faim
Je termine presque toujours la tablette de chocolat que j'entame, incapable de laisser le morceau qui reste dormir tranquille dans son papier argenté bien à l'abri dans le placard de la cuisine. J'ai souvent envie de crier très fort, dans la rue ou chez moi, quand ça va pas "c'est quoi ce bordel ?". D’ailleurs je crie souvent très fort. J'ai lu tout Kundera pour comprendre la mélancolie. J'ai voulu être Anna Karénine et me suis plongée dans l'oeuvre de Tolstoï. J'ai haï, j'ai frappé, j'ai aimé passionnément. J'ai voulu mourir puis vivre, oui, V-I-V-R-E. J'ai écouté "My Baby Just Cares for Me" en boucle pendant des jours. J'ai pleuré à ne plus pouvoir sortir sans lunettes de soleil tant mes yeux étaient rouges et mon visage gonflé. Je suis partie au bout du monde par amour. Je me suis détestée à me faire mal. Il m'arrive encore de confondre le rêve et la réalité et de vouloir devenir une princesse (j’exagère à peine).
Je ne pense pas être la seule à avoir eu et à avoir encore un comportement excessif. C'est peut-être ça être boulimique de la vie. Avoir faim... et j'ai souvent faim, moi.
Suis tombée l'autre jour par hasard sur le dernier - enfin suis pas vraiment certaine qu'il s'agisse du dernier - livre d'Amélie Nothomb. Biographie de la faim. Evidemment, je ne pouvais pas l'ignorer. Et puis ça tombait bien, j'étais à Orly et mon avion 1/2 heure de retard.
J'ai lu ce livre d'une traite. C'est à mon sens le meilleur de Nothomb. Evidemment superbement bien écrit, incisif et vrai. Oui VRAI, c'est ça.
L'auteur de Stupeur et tremblements et de Métaphysique des tubes fait revivre ses souvenirs de petite enfance au Japon mais aussi à Pékin, à New York, au Bangladesh et autres lieux où l'a conduite la carrière d'un père diplomate. Au cœur du kaléidoscope : sa faim. Le mystère de la faim, la faim goinfre, joyeuse ou tragique et angoissante, quête perpétuelle d'un accomplissement inaccessible, qui explique autant l'histoire des peuples que celle des individus. Les figures du père, d'une nourrice japonaise, d'une sœur tendrement aimée se dessinent aussi dans ce récit pudique et sincère, maniant l'humour noir et la provocation. (Source : Amazon)
29 juin 2006
Alger la noire
Un long trajet en TGV cette semaine m'a permis de commencer -et terminer- Alger la noire de Maurice Attia. Je ne suis pas fan de polar. J'en lis de temps en temps, souvent en voyage mais pas toujours. Je ne les choisis pas (j'y connais rien de toute façon), je tombe dessus. En parcourant les rayons de ma librairie, parfois mes yeux se posent sur une couverture, s'accroche devrais-je écrire, parfois c'est le titre qui m'attire. La lecture de la 4eme de couverture est décisive. C'est ainsi qu'il m'arrive de tomber sur un polar.
Je ne me souviens plus comment Alger la noire a atterri entre mes mains. Ce qui est certain, c'est que mon regard n'a pu en aucun cas être appâté par cette couverture de la maison d'édition Babel noir qui est plutôt moche ça c'est sûr... faudrait voir sans la voiture rouge du premier plan peut-être et encore.
Ce qui certain, c'est qu'une fois entamé, j'ai lu ce bouquin d'une traite, complètement absorbée par l'histoire. Mais peut-être vaudrait-il mieux parler ici d'Histoire car Alger la noire, ce n'est pas simplement l'histoire sombre d'un flic à Alger, c'est aussi, et surtout, l'histoire d'Alger en 1962 et le chaos dans lequel Algérie basculait.

Alger, 1962 : un monde finit de se décomposer, bientôt l'Algérie sera indépendante et l'OAS mène son baroud d'honneur. Sur la plage de Padovani, à Bâb-el-Oued, deux gamins ont trouvé les corps d'Estelle et de Mouloud : une balle dans le coeur pour elle, une autre dans la nuque pour lui et trois lettres gravées sur son dos... Paco Martinez, inspecteur de police qui refuse envers et contre tous de prendre parti dans cette guerre, va, avec un acharnement dérisoire, s'emparer de cette affaire pour échapper à la guerre civile et fuir le chaos de son univers. Epaulé, un temps, par Choukroun, son coéquipier et ami, puis par Irène, sa flamboyante maîtresse, Paco, fils d'un anarchiste espagnol assassiné durant la guerre d'Espagne, sera inévitablement rattrapé par son histoire lorsque sa grand-mère, sombrant, à l'image de la ville, dans la démence, lui fera perdre quelques illusions. Menant son roman noir à quatre voix, l'auteur nous entraîne dans l'univers glauque d'une famille de la bourgeoisie algéroise, avec ses secrets, ses perversions et ses conflits de loyauté. Mais qu'importe alors la mort de deux individus, quand, à Bâb-el-Oued, la folie et le désespoir engendrés par les "événements d'Algérie" forcent des êtres résignés à tout abandonner ou à tout détruire ?
Nb.:à ne pas lire pour l'intrigue sous peine d'être déçu...
23 juin 2006
Louis Aragon... et moi

En 1990 -à moins qu'il ne s'agisse de l'année suivante-, je participais au concours de poésie organisé par mon collège à l'occasion de la fête de fin d'année (c'est d'actualité). J'ai depuis bien longtemps oublié les vers de mon poème, tout ce dont je me souviens c'est que j'y parlais de touaregs enrubannés, de tissus bleus, de soleil cuisant et d'oasis utopiques... Nous ne devions pas être très nombreux à présenter un texte à ce concours aussi je gagnai le 1er prix et repartais de là avec une médaille mais, surtout, avec une magnifique anthologie sur la poésie française. Si j'avais depuis longtemps entendu parler de Louis Aragon par mon père, je ne savais en revanche à quoi il ressemblait. Ce qu'on demande à un poète c'est d'écrire des poèmes, que ceux-ci sonnent juste, que la rime soit douce et le nombre de pieds agréables. Il n'empêche que je venais d'avoir 13 ans et que cela marquait mon entrée dans le monde effrayant et perfide de l'adolescence (des adjectifs, on pourrait en trouver à la pelle tant ce fut une période de m****, passons). Je dévorais mon anthologie comme d'autre un cheeseburger (à l'époque, je n'avais jamais mis les pieds dans un fast-food) entre deux feuilletons des Années collèges (mais si, avec Joe!).... et c'est comme ça que je découvris la photo de Louis Aragon.
"La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide."*
Quant à moi, la première fois que je vis Louis Aragon je tombai dans l'instant amoureux du poète... Dés lors il ne cessa de représenter pour moi l'intelligence, la tendresse et l'élégance. A l'époque (houlà), je crois que j'étais surtout fascinée par la manière avec la quelle il cernait mes les sentiments (je n'étais au fond qu'une adolescente !). Ce qu'il écrivait me touchait et résonnait en moi. J'enviais Elsa Triolet d'avoir été sa muse, je relisais "Les Mains d'Elsa" jusqu'à connaître le texte par coeur. Plus tard, je découvris Léo Ferré et avec lui une autre façon d'appréhendais les poèmes d'Aragon. En musique et avec la voix de Ferré, mon coeur fut encore plus réceptif...
Je lu *Aurélien et Les Beaux Quartiers, recherchai l'Affiche Rouge (que j'ai vu au bas de la vitrine d'une blanchisserie récemment), eu souvent envie d'acheter l'intégralité des oeuvres d'Aragon mais ne le fit jamais.
Je sais que Louis Aragon est associé à une certaine forme de communisme, celui du début du XXe siècle, de l'URSS auquel qu'il était attaché via Elsa. Mais qu'importe. On peut aimer un poète, un écrivain sans pour autant cautionner tous ses engagements politiques et moraux...
Donne-moi tes mains que mon coeur s'y forme
S'y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.
"Les mains d'Elsa" - Extrait du "Fou d'Elsa"
15 juin 2006
Marseille, porte du sud

C'est un des plus beaux livres qu'il m'ait été donné à lire sur la ville de Marseille. Peut-être même le plus beau... Albert Londres, reporter du début du siècle et qui a donné depuis son nom à un prix littéraire, est un vrai poète et un observateur engagé. Ses grands reportages effectués 15 ans durant sur tous les continents ont passionné ses lecteurs. A la fin des années 20, il s’installe à Marseille, flâne dans les rues de la cité phocéenne et sur ses docks... Dans son livre, il parle de Marseille avec les mots qui m'ont toujours manqué pour le faire mais avec la même émotion que j'ai lorsque j'évoque cette ville. Marseille, ville cosmopolite et donc riche du mélange des cultures qui s'y cotoient ; Marseille d'où on part -toujours- et où l'on revient -toujours-...
Seul bémol, le regard de l’auteur vis-à-vis des colonies mais qui reste une analyse très influencée par le climat social de l’époque. On pardonnera donc ces écarts d'opinion à l'auteur.
« Marseille, porte du sud » c’est avant tout une invitation au voyage naît d’un savant mélange de récits du quotidien, de rêveries et d’émotions... à lire donc.
06 juin 2006
Je viens d'ailleurs*
Je viens de terminer ce livre.
C'est un petit livre de 160 pages, qui se lit plutôt facilement. Mais ne vous y méprenez pas car ce n'est pas pour autant un livre léger. C’est même tout le contraire.
On y découvre la vie d'une jeune iranienne aux débuts du régime islamique instauré par Khomeiny.
Pour mieux comprendre aussi l'Iran d'aujourd'hui et savourer le bonheur d'avoir grandi en France...
