20 mai 2009
La vague
Besoin de dire, de comprendre.
Besoin d'écrire, de le voir écrit noir sur blanc pour le croire.
Le temps passe qui n'efface rien, ni la douleur, ni l'absence.
La place est vide mais on avance.
- A-t-on le choix ? -
Ne pas rester là à se morfondre mais ne pas oublier.
Comment oublier ?
Je suis devenue une autre depuis ce triste 17 février où tu m'as quittée...
Plus fataliste sans doute, j'ai perdu ma légèreté, mon insouciance.
Rappelle-moi que la vie est devant...
13 mai 2009
Quand tout bascule
Nous sommes le 8 septembre 2008. J'ai 31 ans, je suis enceinte de 3 mois et je sais qu'à partir de maintenant, la vie de mon bébé est en jeu.
J'ai bien conscience des risques liés à
l'amniocentèse et de la décision que nous
devrions prendre si les résultats étaient
mauvais. J'ai le ventre noué et mes jambes ne me portent
plus.
L'amniocentèse se déroule bien, je respecte les
consignes, je m'allonge une demi-heure. Mon ventre me tire mais on me
rassure, tout cela semble normal. Après l'injection de
Rophylac en intraveineuse avant de partir ( je suis Rhésus -
) , nous rentrons à la maison où je vais rester
allongée toute la fin de la journée.
Le médecin qui m'a fait l'amniocentèse m'a fait
un arrêt de travail de 10 jours, je ne reprendrais donc le
travail que le 18 septembre. J'appréhende un peu ces 10
jours d'inactivité mais ma mère passera beaucoup
d'après-midi avec moi.
Dés la fin de la semaine, je me rends bien compte que
quelque chose cloche, les sensations que je perçois au
niveau des jambes sont étranges. J'ai des fourmis dans le
bout des doigts et aux orteils et l'eau froide qui coule sur mes mains
me semble glaciale.
Le week-end arrive, je décide de sortir un peu. Je commence
alors à percevoir les premières
difficultés à descendre et à monter
les escaliers. Je m'agrippe à la rampe en me disant qu'il
s'agit sûrement d'un problème de circulation
sanguine. Après une semaine allongée, cela me
paraît plausible.
Je ne m'affole pas. Pas encore.
La nuit du dimanche au lundi, je ne dors pas. J'ai du mal à
supporter le drap sur mes pieds et je ressens de l'impatience dans mes
jambes.
Lundi matin, n'en pouvant plus de stresser, j'appelle la
maternité qui m'a fait l'amniocentèse : on me dit
que mon état n'a absolument rien à voir avec
l'examen pratiqué une semaine plus tôt. Je file
donc chez mon généraliste qui après
m'avoir ausculté me prescrit un traitement
homéopathique pour la circulation du sang. Il me
précise tout de même de revenir le voir mercredi
si je ne vais pas mieux.
Les heures défilent et mon état se
dégrade doucement.
Mercredi matin, mon généraliste me prescrit un
doppler et me prend rendez-vous chez un neurologue pour le jeudi
après-midi. Il me dit alors clairement qu'il pense
à un problème neurologique : une
poussée de sclérose en plaques. Mon seul soucis
alors c'est le bébé que je porte en moi depuis
3 mois1/2 : il me rassure, une SEP n'a jamais
empêché une femme d'enfanter. Soit.
Le doppler est ok. Reste plus qu'à attendre le rendez-vous
chez le neurologue. Je commence sérieusement à
stresser...
Le jeudi matin, au réveil, j'ai de drôles de
sensations au niveau du coté gauche du visage, je sens bien
qu'il se paralyse. J'essaie de me persuader que ce n'est pas grave mais
je n'y arrive plus. Mon conjoint est en déplacement, je suis
donc chez mes parents depuis 2 jours et je vois bien dans leur regard
leur inquiétude.
Après m'avoir fait un -épouvantable-
électromyogramme, le neurologue pose sans hésiter
son diagnostic : il s'agit du Syndrome de Guillain-Barré et
je dois rentrer à l'hôpital en urgence pour avoir
au plus vite le traitement ad'hoc.
Il est 20h ce jeudi 18 septembre 2008 quand je suis admise aux urgences
de l'hôpital. Pour moi,
c'est alors un véritable soulagement, car je suis
épuisée.
Le lendemain matin, la chef du service neurologie vient me faire une
ponction lombaire afin de confirmer le diagnostic de la veille et dans
l'après-midi débute le traitement par perfusion
d'immunoglobulines qui va durer 5 jours. Pendant tout ce temps, ma
tension varie entre 8.9 et 15.8, je suis très
fatiguée mais je n'ai pas de fièvre.
On m'a bien expliqué ce qu'était le Syndrome de
Guillain-Barré et les risques encourus. A la question
"peut-on en mourir?", la neurologue me répondra "on fera
tout pour éviter cela". Elle m'a également
expliqué les enjeux de la déglutition... Je suis
donc morte de trouille et guette les avancées de la
paralysie.
Et puis, il y a cette incapacité à être
autonome qui est très difficile à accepter
même si je sais que je n'ai pas le choix. On me fait ma
toilette, on m'apporte le bassin au lit, on me ferme les yeux avec du
sparadrap la nuit (la paralysie faciale m'empêche de fermer
les paupières).
Je vais rester 15 jours à l'hôpital, au service
neurologie. Une kiné passera tous les jours me faire faire
quelques exercices dans le lit puis quelques pas difficiles avec un
déambulateur. J'aurais également des visites
régulières d'un orthophoniste qui m'aidera
à articuler et surtout à fermer ma bouche.
Au terme de ce séjour, la paralysie s'est
stabilisée : je parviens difficilement à bouger
mes jambes et mes bras, mon visage est entièrement
figé mais je me fais comprendre, des troubles sensoriels ont
atteint mes jambes et mes pieds, ainsi que mes mains et mes avant bras.
Et puis, le cœur de mon bébé bat, c'est
le plus important pour moi. Je commence même à le
sentir bouger.
Avant de quitter l'hôpital, le chef de service vient me
donner quelques informations concernant l'origine du
Guillain-Barré : il semble qu'il se soit
développé suite à une
séroconversion au cytomégalovirus (CMV). On
m'explique rapidement que ce virus, complètement
bénin est « juste » très
dangereux en cas de grossesse car il peut provoquer de graves
malformations sur le fœtus et donc conduire à une
interruption médicale de grossesse. Commence alors une
longue période d'angoisse...
Je suis transférée le 3 octobre dans une clinique
de rééducation neurologique. Je vais y
rester 2 mois ½.
Je suis suivie alors par une femme médecin absolument
géniale qui va rapidement démonter ciel et terre
pour savoir ce qu'il va advenir de ma grossesse. Très vite,
elle me déniche des rendez-vous avec des
spécialistes qui me suivront jusqu'au bout.
Ces derniers nous rassurent : le risque de malformation est de 30% et
est décelable dans tous les cas aux échos. Nous
prenons donc rapidement, le parti d'investir cette grossesse et de
donner tout notre amour à ce bébé qui
commence à se faire sentir. Et ce, quelle que soit
l'issue... Il n'empêche que cette épée
de Damoclès toutes les 3 semaines (échos) est
insupportable.
Parallèlement à tout ça, ma
rééducation avance. Au programme : 2 heures de
kiné le matin, entrecoupées par une heure
d'ergothérapie, puis 1 heure de piscine
l'après-midi. Au bout d'un mois de
rééducation, je suis enfin autonome pour faire ma
toilette. Je me déplace toujours en chaise roulante mais je
commence à marcher avec la kiné, en la tenant par
la main. J'ai aussi enfin le droit de sortir le week-end, mais cela
reste très difficile moralement : voir les autres vivre
normalement m'est insupportable.
Et puis, dés lors que je commence à
récupérer, je commence à avoir peur de
rechuter. Je me teste sans cesse et vis dans l'angoisse permanente de
perdre ce que je gagne. Cette peur de régresser ne me
quittera que très tard (je reverrai le neurologue fin
décembre pour un contrôle). Heureusement, je suis
suivie par une psychologue qui me rassure, me donne les bons conseils
et m'écoute patiemment !
Les jambes récupèrent plus vite que les mains. Il
me faudra attendre 3 mois de rééducation en
ergothérapie pour parvenir à ouvrir une bouteille
d'eau capsulée. C'est le plus démoralisant :
accrocher des épingles à linge pendant des
semaines (en ergo), ne pas parvenir à faire ses lacets,
à mettre ses chaussettes...
Au bout de 2 mois, je marche enfin seule mais cela me demande tout de
même une concentration importante (je sens très
mal mes pieds).
Quand je sors de la clinique de rééducation le 12
décembre 2008, je marche naturellement et suis autonome chez
moi. Je pars tout de même avec une ordonnance de 30
séances de kiné à domicile (travail
sur la sensibilité que je récupère
très doucement) ainsi que 30 séances de
kiné en cabinet pour travailler l'endurance
(vélo, stepper, etc.).
Mon ventre est bien rond même si je n'ai finalement pris que
très peu de kilos pendant le 1er semestre de ma
grossesse. Il me reste désormais 3 mois pour vivre
pleinement cette grossesse et montrer mon gros ventre au monde entier !
Les échos sont toujours bonnes, je commence les cours de
préparation à l'accouchement, je conduis, je fais
mes -petites-courses... Bref, la vie a repris malgré tout et
je suis heureuse.
Le 9 février, la dernière écho montre
un bébé en pleine forme et nous sortons pour la
première fois de la maternité sur un petit nuage.
Moins d'une semaine après, à 10 jours du terme,
le cœur de notre petit ange s'est arrêté
de battre.
Elle m'avait donné la force d'y croire et de me battre quand
j'entamais ma rééducation. Elle était
ma lueur au bout du chemin, mon combat et ma force. Ces petits coups de
pieds me disaient "avance", "ne lâche pas"... alors
j'avançais pour elle, pour être certaine
d'être capable de m'en occuper dés la fin
février. Son cœur s'est sans doute
fatigué à livrer tant d'amour... Et moi, je n'ai
pas eu le temps de lui dire merci....
13 décembre 2008
Et puis après plus rien
On se croit fort, invulnérable, prêt à franchir des montagnes.
On monte des projets, on avance...
... et puis un jour, tout fout le camp*.
Enfin, du moins, c'est ce que l'on se dit.
Sans crier garde, la vie nous joue un drôle de tour.
On se demande - et même si c'est minable-, qu'est-ce qu'on a bien pu faire pour mériter ça.
On se dit que c'est pas le moment, merde, pas maintenant.
Et puis, on comprend.
On se dit que tout compte fait, on n'est pas grand chose, pas plus résistant que ça.
On se rend à l'évidence, l'être humain est vulnérable, si fragile en fin de compte.
Alors on se laisse faire, la vie ne nous appartient plus, on se dit Inch'Hallah, on s'accroche et puis on glisse.
Plusieurs fois.
Bien sûr, on pense à la mort, aux gens qu'on aime.
Surtout, aux gens qu'on aime.
On pense au monde dehors, qui continue de vivre.
On entend le murmure de la ville et on se demande si un jour on revivra ça de l'intérieur.
On en veut un peu au monde entier même si, au fond, on est tout à fait lucide, c'est la faute à pas de chance.
A un moment, l'espoir revient.
On se met à faire confiance aux "experts", on y croit, on va se battre.
On est d'accord pour jouer le jeu.
On vit au jour le jour, nos infimes efforts deviennent de grandes prouesses.
Une pince à linge qui s'ouvre enfin, une jambe qui se plie, un pull qu'on arrive à enfiler, un steak qu'on arrive à couper ...
Alors, on commence à discuter avec les autres, à avoir envie de le faire vraiment.
On se donne l'autorisation d'imaginer demain.
On regarde autour de soi, et on se dit qu'au fond, on a énormément de chance. Vraiment.
La chance aussi d'avoir tout se monde autour de nous depuis des
semaines, qui y croit quand on baisse les bras, qui sourit quand on
pleure, qui comprend, qui encaisse.
Aurais-je
eu la force sans vous de me remettre debout même quand ça faisait mal
et qu'il était plus facile alors de se laisser faire ?
J'ai quitté hier la clinique de rééducation dans laquelle mon corps s'est doucement remis à fonctionner.
Après 3 mois d'hospitalisation, je quitte ce monde improbable en laissant mes compagnons d'infortunes.
Certains ne le savent pas mais il ne rentreront pas chez eux avant des mois... sur un fauteuil roulant.
Pour eux, je n'ai plus le droit que de sourire et de continuer à avancer.
20 mai 2008
J'ai pas toujours rêvé d'avoir 15 ans
... mais aujourd'hui que j'en ai 31, je commence à penser que les languettes des baskets par dessus le jean qui traîne par terre et les écouteurs en mousse qui balancent "Lullaby" de Cure, finalement, c'était la belle époque, celle de l'insouciance. Facile. Facile d'être de mauvaise fois, de faire abstraction de tout le reste, des boutons d'acné et des mecs qui ne voulaient pas de moi. Ce reste qui justement me pourrissait la vie à l'"époque". Ah...l'époque.
A l'époque, on ne m'appelait pas encore Madame, je me torturais pas l'esprit pour trouver une crème "contre les rides d'expression" à la parapharmacie du coin et n'aurais jamais claqué 30 euros (si) dans un anticerne. A l'époque, mon seul soucis était de résoudre des équations à 3 inconnues tout en lisant du Proust que j'aurais bien troqué -déjà- contre du Kundera. A l'époque, mes parents avaient tout juste 40 ans, mes amis en avaient 15, on mangeait des sucettes à la cerise avec un chewing-gum immonde à l'intérieur et on "se faisait" une contrée à la récrée.
Mes amis ont changé, ils sont mariés, ont des enfants pour la plupart. Quand on se voit c'est autour d'un repas qui se termine souvent avant minuit. Mes parents ont vieilli et leurs confidences d'adulte me font mal. Je n'écoute plus Cure et mon Ipod diffuse du Bernard Lavilliers et du Ismaël Lo. J'ai un appartement à moi, un copain à moi, un boulot à moi. Des pivoines dans la cuisine et des photos de voyages aux murs. Des grands-parents qui n'ont plus envie de grand chose et qui trouvent le temps long, voire plus de grands parents du tout. Je maîtrise la cuisson de la daube et je fais des sushis les soirs de fête. J'écoute les soucis et les chagrins des mes proches, je fais l'éponge. Je milite pour des causes que je pense nobles, m'indigne dés que j'allume la TV ou écoute les infos et je gueule dans ma voiture quand mon voisin d'embouteillage balance les restes de son "MacDo" englouti sur la bande d'arrêt d'urgence de l'autoroute.
Quand je pense au temps qui passe, je suis triste. Je suis triste et j'ai peur.
10 septembre 2007
Agressions climatiques !

J'ai tout essayé : le stick Dermophil Indien au beurre de karité, la crème AVIBON à la vitamine A, le baume au miel de chez Nuxe... rien n'a su apaiser les gerçures que le mistral a fait naître sur mes lèvres.
J'ai même fait une cure d'abricots et de beurre salé -moi qui ne jure que par l'huile d'olive- !
Le pire, c'est que je pars en haute montagne dans 3 semaines et je vais souffrir le martyre si je ne trouve pas de solution à mon problème.
Alors, si quelqu'un passe par là et a LE remède contre les gerçures, qu'il laisse un p'tit mot.
Moi, je désespère...
05 septembre 2007
aïta pea pea
Y penser parfois et puis oublier, passer à autre chose.
Etre nostalgique ne fait pas avancer, j'en fais un leitmotiv mais en réalité il n'y a pas plus nostalgique que moi !
Alors je résiste, j'évite d'y penser, je refoule mes souvenirs, j'évite les photos et les nouvelles.
Mais parfois la vague des souvenirs est trop forte - à moins que ce ne soit moi qui soit trop faible alors- et je me laisse submerger par mes pensées aux couleurs exotiques et aux odeurs sucrées.
J'entends leurs rires, le bruit profond de la mer, le chant des coqs au fond de la vallée au petit matin, j'ai le goût du uru cuit dans la bouche, celui de la papaye verte et du bonbon chinois... et puis...
Et puis je ferme les yeux. J'ai la sensation d'y être à l'autre bout du bout du monde mais je n'y suis pas. Et la réalité me saute aux yeux lorsque je les réouvrent.
J'essaie de comprendre pourquoi cette nostalgie alors que ma vie aujourd'hui est belle et que je suis heureuse et que je fais ce qu'il me plaît et que je suis avec l'homme que j'aime. Je ne comprends pas. D'autant que ma vie d'hier n'était pas si belle que ça, peut-être simplement était-elle plus légère. Peut-être qu'entre temps je suis devenue adulte et qu'en devenant adulte, j'ai perdu mon insouciance. Il faut que ça change.
27 juin 2007
De toute façon on a toujours l'air aussi bête*
Je n'écris plus. Déjà que je n'écrivais pas beaucoup... tellement peur de trop me dévoiler que, finalement, ce blog ne dévoile rien du tout ; cherche une voie, n'en trouve pas.
Je n'écris plus car je n'ai pas le temps. Pas le temps de respirer entre le taf, la vie à 2, les week-ends aux 4 coins de France et tout le reste.
Je viens d'avoir 30 ans.
En fait, je me suis réveillée un matin et j'avais 30 ans. Je n'ai rien vu venir, pas même les rides d'expressions, c'est dire...
Pourtant, ce n'est pas faute de me regarder dans la glace le matin en me lavant les dents. Tiens, ça me fait penser à un interview d'Emmanuelle Béart. Je n'aime pas particuliérement Emmanuelle Béart, elle a quelque chose dans le regard qui ne l'a rend pas sincère, à mes yeux. Bref. Dans cette interview, elle avouait fuir les miroirs, ne jamais se regarder dedans. Ca m'a fait rire sur le coup. Sur le coup seulement. Car comment peut-on être à ce point hypocrite ? Quand on se refait la moitié du corps, n'est ce pas qu'on attache un minimum d'importance à son physique ?
Moi, je me regarde dans le miroir de la salle de bain, dans les vitrines croisées sur mon chemin, dans mon rétro parfois aussi avant de sortir de la voiture... Et malgré tout, je n'ai rien vu venir, aucune ride, aucun cheveu blanc. Sauf que oui, j'en ai. Et que c'est la merde, et que ça veut dire que la roue tourne, que c'est à moi d'être adulte et que, bon sang, je n'en ai pas envie, pas encore.
Mes 30 ans me causent des tourments. Ca fait rire mes ainés qui me demandent si j'étais mieux à 20 ans. Ce à quoi je réponds, que non évidemment, que mon dieu pour rien au monde je ne retournerai en arrière.
Alors quoi ?
*Miossec-"30ans"
04 mai 2007
Allez vous vraiment faire ça ?
Alors, vous allez vraiment faire ça ?
Vous les plus purs que d’autres, les plus intelligents que d’autres, vous les plus subtils, vous les cohérents, vous les fins stratèges, vous allez faire ça ? Vous, les à qui on ne la fait plus, les durs du cuir, vous allez vraiment, en ne votant pas pour elle, voter pour lui?
Vous allez vraiment faire ça ? Vous allez le faire ?
Vous, les vrais de vrais de la gauche vraie, vous allez faire ça ? Pour cinq ans ! Pour cinq ans, peut-être dix, vous allez faire ça ?
Vous, les toujours déçus de tout, vous les amers, les indécis décidés, les laves plus blancs que blanc vous allez faire ça ?
Mais pourquoi ? Parce que quoi ? Parce que jupe ? Parce que talons hauts? Parce que voix ? Parce que sourire, cheveux, boucles d’oreilles? Parce que vraie ?
Il n’y a rien qui vous aille dans son programme à elle, rien ? Pas cinquante propositions sur les cents ? Pas vingt ? Pas dix ? Pas une ? Vraiment, rien du tout ?
Trop de quoi ? Pas assez de quoi?
Pas assez à gauche ? On voudrait, quitte à tout perdre, une campagne à gauche toute ?
Mais même l’extrême gauche, cette fois-ci, au deuxième tour ne joue plus à ce jeu-là. Peu importe, vous, vous allez y jouer ?
Le résultat du 21 avril 2002 ne suffit pas ? Non. On le refait en 2007, mais en mieux. Pas au premier tour, non, carrément au deuxième. C’est plus chic.
Que ceux qui ressemblent à Nicolas Sarkozy, ou qui croient qu’il leur ressemble, que ceux-là votent pour lui, quoi de plus normal. Que ceux qui lui font sincèrement confiance pour améliorer leurs dures vies, que ceux-là l’acclament et votent pour lui, quoi de plus normal. C’est même estimable.
Que les grands patrons votent Nicolas Sarkozy, pas tous d’ailleurs, loin s’en faut, non, mais par exemple les grands patrons de presse, qu’on a vu se si nombreux, si heureux, à Bercy avant hier, qu’ils votent pour leur copain, qui va vraiment améliorer leurs belles vies, c’est moins estimable, mais quoi de plus normal ?
Mais vous, une respiration possible, un air nouveau, un espace de travail politique, une chance espiègle, ça ne vous dit rien ? Vraiment rien? Mais qu’est-ce qui vous fait si peur ?
Les Italiens ont enfin chassé Berlusconi, les Espagnols, après une grande douleur révélatrice, se sont débarrassés d’Aznar, et voilà que nous, à quelques milliers de voix près, nous allons repasser le plat de la droite dure ?
Il y a un pari à prendre contre une certitude sombre, et vous ne pariez pas ?
Quels désirs obscurs allez-vous satisfaire ? De qui donc, de quoi êtes-vous secrètement solidaires. Ce ne peut-être du bien de ceux qui ont besoin, vitalement, de mieux être. Vitalement. Maintenant.
Supporterez-vous dimanche soir d’apprendre qu’il a manqué une voix ? Une seule. La votre.
Je vous en supplie.
Ariane Mnouchkine
Texte écrit par Ariane Mnouchkine sur son blog
02 mai 2007
Blondie, muguet et supermarché
Lundi je ne travaillais pas. Aussi, après avoir longuement traîné dans mon appartement vide -ben oui y'en a qui bosse- à regarder la mer une tasse de café à la main tout en écoutant France Inter, je me suis enfin décidée à me mettre en route. Autant je peux mettre des heures à me réveiller le matin, autant une fois que je suis lancée, je deviens hyperactive. Vaisselle de la veille, ménage, lessive, douche... à midi j'étais au supermarché histoire de remplir un peu le frigo.
C'est là que ça se corse : tout Marseille avait décidé de faire ses courses lundi à midi.
D’ordinaire, voyant cela, j'aurais abandonné mon panier et serai sortie en courant. Mais lundi j'ai pris mon mal en patience comme dit ma grand-mère et j'ai sagement rejoint la file d'attente d'une caisse au hasard.
J'étais occupée à renifler le pot de muguet destinée à ma cuisine quand Blondie est venue se placer derrière moi. Elle est arrivée tout sourire, un panier avec 2 articles à la main et 10 kilos d'or aux oreilles. J'ai poliment répondu à son "bonjour" très avenant. Je crois que c'est là que je me suis aperçue de mon erreur, quand elle a posé sa main sur mon bras.
Y'a des situations où on devrait oublier son éducation, rester froide, ne pas sourire, regarder ses pieds. Parce qu'il me restait bien 20 minutes encore à attendre avant de passer à la caisse quand Blondie a commencé à entamer sa rengaine : "faut pas se plaindre, y'a en qui sont à l'hôpital... la jeunesse d'aujourd'hui franchement c'est plus ce que c'était, les jeunes ont plus envie de bosser... toute façon, Marseille c'est l'bordel, les gens sont indisciplinés... j'ai pas le sou mais je me bats, pas comme d'autre... y'a plus d'saison... ". Je n'aime pas être prise à partie surtout sur des sujets que je ne cautionne pas. Pour répondre à Bondie, je souriais bêtement d'un air condescendant parce que lundi, j'avais vraiment pas envie de me prendre le chou.
Derrière Blondie, un couple est venu se poser avec son caddie plein de victuailles laissant présager la famille nombreuse laissée à la maison. Moi, je me suis frottée les mains quand Blondie à recommencer son manège avec eux. J'étais sauvée pour cette fois. Elle leur a parlé de son signe astrologique, de politique aussi. J'avoue que sur ce dernier sujet, j'ai failli intervenir mais à quoi bon ? Arrivée à la caisse, mes pots de glaces s'étaient transformées en crèmes à la vanille et coulis de framboise, mon camembert était à point et je n'avais qu'une idée en tête : me retrouver chez moi et regarder la mer une tasse de café à la main.
27 avril 2007
J'ai peur.
Cet homme là me fait peur. Terriblement.
Plus de je l'écoute et plus je l'entends parler de lui. Plus je le regarde et plus ses grimaces et son sourire narquois me sautent au visage.
J'ai peur.
Peur de ne plus pouvoir demain écouter, regarder, lire les médias et journaux que j'écoute, regarde et lis aujourd'hui.
J'ai peur pour la démocratie, pour le respect des droits de l'Homme, pour la liberté...
J'ai peur pour les enfants que j’aurais - en aurais-je du coup ? -
J'ai peur pour mon voisin kosovar, pour cette famille là-bas qui fuit la mort et qui espère trouver autre chose par ici. Si elle savait...
J'ai peur de cet homme comme de cet ombre que je fuyais dans mes cauchemars d'enfants.
Cet homme-là n'est ni méchant, ni malhonnête...il fait fou, simplement, diaboliquement fou.
Et moi j’ai peur de vivre en vrai ce que j’ai lu dans mes bouquins d’histoire.
Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le revivre.
