13 décembre 2008

Et puis après plus rien

On se croit fort, invulnérable, prêt à franchir des montagnes.
On monte des projets, on avance...
... et puis un jour, tout fout le camp*.
Enfin, du moins, c'est ce que l'on se dit.
Sans crier garde, la vie nous joue un drôle de tour.
On se demande - et même si c'est minable-, qu'est-ce qu'on a bien pu faire pour mériter ça.
On se dit que c'est pas le moment, merde, pas maintenant.
Et puis, on comprend.
On se dit que tout compte fait, on n'est pas grand chose, pas plus résistant que ça.
On se rend à l'évidence, l'être humain est vulnérable, si fragile en fin de compte.
Alors on se laisse faire, la vie ne nous appartient plus, on se dit Inch'Hallah, on s'accroche et puis on glisse.
Plusieurs fois.
Bien sûr, on pense à la mort, aux gens qu'on aime.
Surtout, aux gens qu'on aime.
On pense au monde dehors, qui continue de vivre.
On entend le murmure de la ville et on se demande si un jour on revivra ça de l'intérieur.
On en veut un peu au monde entier même si, au fond, on est tout à fait lucide, c'est la faute à pas de chance.
A un moment, l'espoir revient.
On se met à faire confiance aux "experts", on y croit, on va se battre.
On est d'accord pour jouer le jeu.
On vit au jour le jour, nos infimes efforts deviennent de grandes prouesses.
Une pince à linge qui s'ouvre enfin, une jambe qui se plie, un pull qu'on arrive à enfiler, un steak qu'on arrive à couper ...
Alors, on commence à discuter avec les autres, à avoir envie de le faire vraiment.
On se donne l'autorisation d'imaginer demain.
On regarde autour de soi, et on se dit qu'au fond, on a énormément de chance. Vraiment.
La chance aussi d'avoir tout se monde autour de nous depuis des semaines, qui y croit quand on baisse les bras, qui sourit quand on pleure, qui comprend, qui encaisse.
Aurais-je eu la force sans vous de me remettre debout même quand ça faisait mal et qu'il était plus facile alors de se laisser faire ?
J'ai quitté hier la clinique de rééducation dans laquelle mon corps s'est doucement remis à fonctionner.
Après 3 mois d'hospitalisation, je quitte ce monde improbable en laissant mes compagnons d'infortunes.
Certains ne le savent pas mais il ne rentreront pas chez eux avant des mois... sur un fauteuil roulant.
Pour eux, je n'ai plus le droit que de sourire et de continuer à avancer.

* Syndrome de Guillain-Barré
 

Posté par fruit à 13:38 - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur Et puis après plus rien

    C'est si proche de ce que je ressens... il faut le vivre pour comprendre.

    Bon courage et bravo pour ce que tu as déjà accompli.

    Posté par Asphyxilie, 24 août 2009 à 18:02 | | Répondre
Nouveau commentaire